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mardi 23 octobre 2007

Virages (Banban)

Dimanche 14… Lendemain défaite

Voilà, c’est fait ; le rêve de voir la coupole de la mosquée bleue de Samarkand s’est brisé sur les écueils de la diplomatie Franco-Iranienne ( et aussi le caractère un peu revêche de la CX et notre léger manque de préparation) alors que celui de voir la coupole du monde de rugby, auréolée elle aussi de bleu, s’est fracassé contre une muraille de chine façon rosbeefs qui vont nous « chambrer saignant» encore quelque temps.

Bon, il faut bien l’avouer, les 3 heures de décalages horaires entre la France et l’Arménie ont joué en notre faveur et c’est après un dîner copieux et fruiteusement parfumé de saveurs locales (vodka à la mûre à la cerise à l’abricot, et bien d’autres) que nous entamâmes notre visionnage de la rencontre.

Après avoir entonné un « couille de mon grands père » mémorable, nous étions persuadés que les Français jouaient en Blanc. à la fin nous étions champions du monde… Échange des maillots avec les représentants du XV local et un retour à l’hôtel qui reste toujours aussi mystérieux pour moi, ont fini d’achever cette soirée plutôt réussie…

C’est seulement à la lecture de l’équipe du lendemain que nous nous rendons compte que ces « incapables de rugbymen » ont niqué le point de croissance à Sarkozy, il paraît qu’une enquête est en cours… Cette défaite aura donc marqué le début de la décroissance en France ! Allez les bleus ! Encore un petit effort, jetons toutes nos télés et on devrait pouvoir en faire perdre un deuxième d’ici Noël !

Deuxième conséquence, nous ne pourrons jouer nous aussi que la troisième place sur cette route de la soie. Le voyage risque bien de se terminer en Arménie au vu des difficultés expliquées localement pour passer la frontière Iranienne et le temps planifié pour recevoir et monter rondement nos nouveaux roulements que nous espérons roucoulants. De plus nous devons enchaîner une addition de kilomètre pas vraiment digeste pour nos emplois du temps de ministres en vacances et le respect due à l’équation mécanique-temps-contretemps..

Nous passons donc notre Dimanche à nous remettre de la veille et à nous promener puis à pratiquer notre activité favorite depuis deux semaine : Le monastérisme. Les environs d’Erevan sont confits de ces lieux spirituels que nous découvrons aux lendemains de nos abus spiritueux. Nous pratiquons assidûment depuis notre entrée en Georgie et plus encore en Arménie. On dirait deux pieux en pèlerinage permanent.

Nous monastérisons donc jusque Garni puis Gherart avant, le lundi suivant, d’aller traîner nos calottes jusqu’au monastère de Khor Virap situé sur les contreforts du Mont Ararat.
Nous l’apercevons encalotté lui aussi, de nuages, juste assez pour ne pas nous permettre de constater en entier la blancheur vénérable de son chef blanchi à la neige éternelle.
Il est dit que Noé y a posé sa barque. On se dit qu’il a dû en chier pour la monter là-haut !

De notre côté, nous attendons impatiemment que nos roulements arrivent pour remettre notre paquebot à flot car chaque virage devient une gigue dangereuse tandis que notre vitesse de croisière pour naviguer d’église en monastère, oscille aux alentours de 20, 22 nœuds maximum, (environ 40 à 44 pour ceux qui compte en nouilles).

La bonne nouvelle du lundi est que les roulements sont arrivés et le mardi pourrait nous les voir monter si nous arrivons à franchir l’écueil douanier que représente la collection du paquet auprès des autorités et la douane aéroportuaire locale.

Nous jouons,une fois de plus, au tavli le rôle de celui qui ira faire des sourires aux douaniers et de l’autre, qui lui remontera le moral et mettra le coup d’éponge entre les différents rounds. GG perd allégrement, fidèle à son habitude, sa quatorzième partie sur treize pour endosser le costume de valeureux chevalier tueur de dragons douaniers.

Après une la 223ème pause café depuis notre départ en voyage , nous mettons en place une stratégie infaillible qui nous verra vaincre à coup sur : un lever pour une fois matinal, un sourire gingival et une remise au point de nos bonnes étoiles pour que l’opération se déroule sans accrocs et sans roille.

Nous prenons avec conviction et embonpoint un dernier excellent repas dans un des petits restos sympas d’Erevan avant d’aller nous coucher tôt en prévision de notre rude combat du lendemain.

Mardi.

Enfin levé à l’heure des aventuriers, vers 7 heures, nous nous plâtrons l’estomac de fromage local avant de prendre la route de l’aéroport dans ce qui sera, nous l’espérons, l’avant-dernier voyage de la CX sur ses billes carrées. Elle commence à sérieusement douter de notre « mecanical management » et nous le fait savoir à l’aide de claquements qui nous envoient des frissons dans la colonne de transmission vertébrale.

Armé de sa bravoure, de son courage et de tous ses papiers, Chevalier GG se lance alors dans un combat inégal face à l’Hydre douanière Arménienne. Comme sa célèbre cousine antique, GG voit apparaître devant lui tour à tour plus d’une douzaine de têtes qu’il lui faut amadouer avant de les couper une à une en vue d’obtenir coupons, tampons, signature, copie, sourire, formulaire, facture, photocopie, tampon, formulaire,signature, soupir, tampon paquet signature… et sortir finalement vainqueur d’un combat sans merci qui nous délesta de nos restants de foi dans le système douanier soviétique préservé tel quel et bien sûr de 100 % de la valeur du bien importé que nous avions « sous évalué à 80 euros ».

Accueillant GG en vainqueur, j’ouvre le paquet en conquérant pour y trouver deux roulements que je n’aurais pas donnés à mes neveux pour en tirer les billes. Il y a du foutage de gueule dans l’air et c’est une haine sourde qui grandit en nous à l’encontre du vendeur qui nous a refilé des accessoires qui ne semblent vraiment pas en bon état et qui n’auraient pas dû être vendus.

Nous contenons nos doutes et essayons de trouver au plus vite le garagiste de nos rêves qui nous permettra de monter les nouveaux oripeaux au flanc saillant avant de notre monture.

La providence restant tout de même notre meilleure compagne en ces moments difficiles nous dégotons du premier coup un garagiste au profil Russo-rustre mais sympa qui accepte de nous monter tout cela. À la vue des roulements, il fait un peu la tête d’un dentiste à qui l’on demanderait de greffer des dents cariées dans la bouche d’une grand mère édentée… et tout en crachant sur Citroën, il nous effectue l’opération du mieux qu’il peut en nous conseillant brossage très fréquents, évitement des sucres et moyennes au dessus de cent !

Nous prenons conscience de notre inconscience au moment où de la poudre de roulement glisse par terre telle de l’escampette alors que l’opération de substitution est en cours.
Une fin d’anesthésie locale et c’est retour sur terre.
La CX roule enfin mieux, et nous pouvons de nouveaux mâcher de la viande et des kilomètres. Nous nous mettons aussitôt en route pour le lac Sevan à l’Est du pays que nous comptons contourner pour aller jusqu’aux extrémités possibles de notre orientalité.

Un claquement sourd et bien connu, alors que nous entamons le tour du lac, jette un froid polaire dans l’habitacle de la voiture alors que l’altitude atteinte (2000 mètres) et le temps qui se couvre ne nous encouragent pas à continuer plus avant les expérimentations douteuses. Nous décidons donc d’éviter le détour et de nous avancer vers le Nord, après avoir pris photo de notre point tournant et maudit le pourvoyeur de roulements sur 7 à 8 générations…

Toujours portés par nos élans chevaleresques, nous profitons de notre passage lacustre pour kidnapper quelques jeunes filles issues des environs des eaux froides. Elles sont une douzaine, et ont pris la forme d’écrevisses magnifiques. Nous promettons de les distraire efficacement de leur destin tragique de bisque touristique en les enlevant de haute lutte ( encore chevaleresques, 3 zorros le kilos) à leur geôliers pêcheurs. Après avoir roulé sous notre premier crépuscule humide du voyage, nous nous arrêtons enfin dans un pâturage alpin où nous établissons, à notre grand bonheur, un de ces petits camps de nuit dont la sortie de la Turquie et de ses garages nous avait régalé à l’aller. Nous dissertons sur la technique à adopter pour rendre à nos princesses forme humaine, mais un drame se produit ! Est ce à cause des effluves de cognac acheté le matin même ? ou le coup d’un délirium d’altitude ?
Bref, afin de les désenvoûter les néo-captives, nous décidons de leur faire prendre un bain d’eau chaude puis de les arroser de Cognac pour leur refaire prendre forme humaine. Echec lamentable.

La préparation et plus encore la dégustation des écrevisses flambées accompagnées de patates à la braise tiennent tout simplement du divin et nous nous voyons grandement récompensé de toutes les visites effectuées dans les hauts lieux saints des christianismes Arméniens et Georgiens.

De plus, nous marquons le coup à l’aide de notre dernière cartouche Française (un muscadet d’une simplicité elle aussi monacale mais apprécié par la soif d’abbayes sale de nos cloîtres austères). Ce petit muscadet complète à merveille l’enchantement religieux que les écreux nous vissent à l’âme. Bref nous avons réjoui nos palais de papes… Après avoir visité tous ces monastères, c’était bien la moindre des choses !

Pour un peu, on se consolerait d’avoir commencé le demi-tour car, si le luxe extrême existe, nous l’avons vraiment touché du bout de nos doigts maculés d’une sauce savoureuse en disséquant ces bêtes exquises sous les étoiles du canyon de Debed et dissertant déjà de la revanche que devra nous accorder la route de la soie car, à pied ou en Lada… C’est sûr, on y reviendra !

Pour un peu, on pardonnerait presque au vendeur de roulements ! et puis non… On lui rendra les billes de ses roulements une par une à coup de lance-pierres dans les fenêtres de son entrepôt et on lui greffera le bout des essieux à la place du nez… On n’est pas fort en mécanique, par contre GG a toujours rêvé de se mettre à la chirurgie esthétique…


L’Arménie, pays Européen ?

Allez, je vais vous étonner. On a bien aimé l’Arménie et même si ce n’était pas le but initial du voyage, on est content d’y avoir passé ces quelques jours et d’en avoir fait notre point tournant à défaut d’Iran ou d’Azerbaïdjan à qui nous avons adressé des promesses de bientôt du haut des contreforts du plateau.
C’est « encourageant » l’Arménie. Il semblerait que, comme en Georgie le goût douteux des nouveaux riches Européens soit ici décuplés par sa nouveauté. La vitesse à laquelle les gens s’enrichissent et font rouler leurs voitures semble inversement proportionnelle à la décence avec laquelle ils utilisent l’argent. Bref c’est comme chez nous en plus visible. Dommage.

Les Arméniens semblent êtres très Européens dans leurs attitudes leur religion et leur mode de vie, mais l’unité apparente l’est une fois de plus autour d’une variante de la religion chrétienne qu’est l’église Arménienne. Je suis à chaque fois étonné de découvrir de nouvelle branches à cet arbre aux ramifications infinies…

Les femmes, les hommes ; le profil Arménien est plutôt ombrageux avec des nez qui sont très présents dont les qualificatifs se trouveraient plutôt chez Cyrano, Cléopâtre ou Gaspard des montagnes que dans « déserts et mornes plaines ».

Les femmes se font belle en ville et plutôt tonnelles dans les campagnes où le profil sphérique est rapidement de mise au fur et à mesure que les années passent et labourent leur physique de travailleuses comme des charrues mono-socs attelées aux chevaux retournent la terre caucasienne.

L’alphabet est une indigestion cabalistique dont les rares bouées de sauvetage correspondant à l’alphabet latin sont le plus souvent de faux amis. Nous décidâmes de ne pas nous fâcher avec nos hôtes en laissant tout cela de côté et en nous concentrâmes sur les 3 mots de Russes que nous maîtrisions à la perfection : Da, Niet, Spassiba.

C’est en sortant du pays (après encore un ou deux monastères pour capitaliser sur la route du retour) que nous finissons de nous émerveiller sur l’étendue de la puissance douanière en nous questionnant sur la réalité de l’activité économique en Arménie. On a l’impression que l’entrée dans l’Europe et la fin des barrières douanières mettrait probablement plus de la moitié de la population au chômage, ce qui serait quand même dommage.

C’est donc un retour en douceur que nous entamons en nous dirigeant vers Tbilissi que nous avions zappé à l’aller au profit d’autres voies plus chaotiques.

Perturbés par notre sens de l’orientation en déroute, nous mettrons plus de deux heures avant de retrouver le Nord que nous avions égaré avec nos cartes en soute. Quelques Ecossais épars sillonnent la capitale où ils sont venu voir le match de football. GG me dit que « ça a dû leur faire un sacré bout de route pour arriver là » puis je lui fais gentiment remarquer qu’ils ont dû préférer la solution aéroportée ce qui a le don de nous faire philosopher sur les consommations pétrolifères des différents moyens de locomotions employés pour visiter l’au-delà de nos frontières.

Un petit dernier pour la route ( café n°247) et nous entamons notre Georgeo-traversée de nuit pour que l’affaire reste corsée puis au matin suivant nous nous retrouvons encadrés entre le petit et grand Caucase enneigées. Magnifique ballade le long d’un chemin de fer portant des trains sortis d’autres temps. Ça met l’eau à la bouche et nous décidons donc d’acheter du vin Georgien pour nous faire patienter jusqu’à notre prochaine visite et rappeler à nos palais l’âpreté enjolivée de ce pays. Nous entamons alors une session de bivouacs de bord de route qui durera trois jours, durant lesquels nous vivons comme des routiers nous relayant au volant de notre bahut dont nous plafonnons le disque à 80 et écoulant notre stock de casettes, après les avoir mâchées deux fois, dans un autoradio qui persiste à nous parler en Russe et en Turc.

Les avis sont partagés sur le destin de routier qui aurait pu nous saisir si nos bifurcations ne nous avaient fait devenir les managers pointus que nous sommes devenus. GG voit ça comme l’opportunité d’éviter petit chefs d’entrepôts et patrons sur le dos, je vois plutôt cela comme une manière de porter sa croix surtout en croisant les files ininterrompues de camions arrêtés sur 3 à 6 kilomètres pour deux à trois jours aux abords des frontières traversées. A choisir, j’aurais préféré être routier sur un bateau, renseignement pris, ça s’appelle marin…

Ayant cramé notre « capital Turquie » en venant à Istanbul et dans le garage de notre pote Munir, Nous décidons de faire une toute petite escale à Istanbul histoire de voir le match de rugby pour la troisième place. C’est dans une nuit embouteillée et dans une atmosphère de nuages toxiques que nous retraversons le Bosphore.

Le visionnage du Match France-Argentine nous permet de mettre à profit les leçons d’Espagnols suivies depuis le début du voyage. Après le bottage de cul magistral infligé par l’Argentin jovial à des coquelets bien pâles, c’est donc sous forme d’Erlando Pancho et d’Albano Quichotte ablammossiant una sorta d’Espagnol que vamos de nada d’Istanbul per el camino de nostre terra ancestra.

Samedi

Nous sommes de retour en Europe, youpi, tralala tsoin tsoin.
La plaine Bulgare nous rappelle les environs de Béton Bazoche les grandes plaines agricoles Brieo-Beauceronnes. C’est plat, il y a des champs de betteraves, pas beaucoup d’arbres et des usines de yaourt tous les 300 mètres.

Nous mettons Sofia sur notre agenda et la rencontre s’avère savoureuse. La belle ville nous accueille à bras ouverts et c’est de bonne augure car il semblerait que ses les filles aient de jolies cuisses.

L’entrée en ville se fait dans une atmosphère d’hiver qui tombe sous la forme d’une pluie qui semble prévue pour nous préparer au retour après plus d’un mois passé sous un soleil quasi constant.

Parking, hôtel, bain-douche et restaurant nous tombent dans le bec comme les fruits d’une rapine trop facile. En sortant pour aller voir la finale, il neige à gros flacons sur Sofia qui revêt un manteau d’Hermine qui nous laisse pantois et nous enchante.

Nous rentrerons à L’hôtel plus tard dans la nuit les yeux encore ouverts et convertis par la simplicité, le charme et l’excellente ambiance qui règne sur la nuit Bulgare.

J’y serais bien resté un peu moi chez Sofia, mais il ne s’agit pas de patauger dans le yaourt et le retour s’étant inscrit au programme nous décidons de crocheter par Budapest pour le retour et nous traversons donc une Serbie enneigée sur la route du Pays Magyar où nous espérons trouver l’antidote présidentiel.

Pas d’antidote mais un passage aux bains turques pour se décrasser un petit tour dans cette ville magnifique… Nous voilà Mardi Soir arrivé à SOLÉOLE pour reprendre des forces après 24 heures de route et vous dire merci de nous avoir suivi et encouragé jusque là…

Un petit épilogue à venir d’ici la fin de la semaine prochaine et d’ici là….

Patience.

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